En pleine crise de l'énergie et après un weekend de Pâques qui a été marqué par des
pénuries de carburant un peu partout dans le pays, une page semble définitivement se tourner en France : celle du diesel. Longtemps plébiscité par les automobilistes hexagonaux pour sa sobriété et son autonomie, ce type de motorisation ne représente plus aujourd'hui qu'une
part marginale des immatriculations neuves. Depuis le début de l'année 2026, à peine 5 620
voitures diesel ont été immatriculées en France (2,5% des immatriculations neuves), soit une chute de 51,8 % par rapport à 2025 (données NGC-Data). Aujourd'hui, le diesel ne pèse plus que 50% du parc de voitures particulières en France, contre 63% en 2015. Cette dégringolade s'accompagne d'un
retrait progressif des constructeurs. Si le marché de l'
occasion demeure encore largement dominé par cette motorisation qui représente 46 % des transactions, cette résistance tenait avant tout à la réputation d'économie à l'usage du diesel. Une réputation qui a volé en éclats avec la crise en Iran et l'explosion du
prix du carburant en France : aujourd'hui,
le diesel est même plus cher à la pompe que le SP95 (2,315 euros du litre, soit 30 centimes d'euros de plus). Alors, comment expliquer ce décrochage spectaculaire du diesel et assiste-t-on à la fin d'une spécificité française ? Pour décrypter cette mutation du marché, Solal Botbol, cofondateur et PDG de la startup française Beev, spécialisée dans le passage au
véhicule électrique pour les particuliers et les entreprises, analyse les raisons économiques, technologiques et industrielles derrière la fin progressive d'une motorisation autrefois reine.
Quel est l'état des lieux sur les ventes de véhicules diesel aujourd'hui ?« Les chiffres de 2025 actent une rupture historique : en Europe, le diesel ne pèse plus que 7,7 % des immatriculations, soit à peine un peu plus d'un million de véhicules, en chute de 24 % sur un an. Pour mesurer le séisme, rappelons qu'en 2011 cette motorisation dominait encore le marché avec 56 % de parts. La France, qui culminait à plus de 77 % en 2008, était alors son bastion. Aujourd'hui, elle n'enregistre plus que 4,9 % de ventes diesel, soit moins d'un véhicule sur vingt. Avec seulement 67 735 immatriculations en 2025 et une baisse de 36,5 % en un an, c'est une véritable débâcle. En moins de vingt ans, le roi de la route est devenu une motorisation marginale dans le marché du véhicule neuf. »Quelles sont les conséquences immédiates de cette évolution ?« La chute des ventes entraîne une conséquence très concrète : la disparition progressive du diesel des catalogues. Des constructeurs comme Volvo ont déjà tourné la page, la dernière Volvo XC90 diesel étant sortie d'usine en mars 2024. Chez Mini, Peugeot ou Renault, l'offre se réduit à peau de chagrin : même la Renault Clio abandonne cette motorisation avec sa nouvelle génération. Cette raréfaction fait mécaniquement grimper les prix et allonge les délais de livraison, les usines privilégiant désormais les motorisations électrifiées. À plus long terme, c'est aussi l'entretien qui se complique : moins de pièces, moins de spécialistes. Le diesel entre clairement dans une phase de retrait industriel. »Quels sont les risques de s'équiper d'une motorisation diesel aujourd'hui ?« Acheter un diesel aujourd'hui, c'est cumuler plusieurs risques majeurs. Au-delà de la dépréciation accélérée déjà à l'œuvre, s'ajoute un marché de l'occasion qui est devenu saturé : l'offre de véhicules diesel explose alors que la demande recule, ce qui tire les prix vers le bas et accentue la décote mois après mois. Mais surtout, c'est la situation internationale qui achève d'enterrer cette motorisation. Avec la crise qui se prolonge en Iran, l'explosion des prix du carburant frappe particulièrement le gazole. Sur les marchés internationaux, son cours s'est envolé à un rythme spectaculaire : de 75 centimes le litre avant le début du conflit, on est passé à 1,51 dollar aujourd'hui ! (lundi 6 avril) »Quid des nouvelles règlementations écologiques ?« Le diesel se heurte désormais à un mur réglementaire. Les Zones à Faibles Émissions s'étendent, excluant déjà les Crit'Air 4 et 5, et demain les diesels récents pourraient suivre. En centre-ville, circuler devient un casse-tête quotidien. À l'échelle européenne, les normes CAFE sur les émissions de CO2 rendent la production de diesels de plus en plus coûteuse, accélérant leur disparition. Le risque ? Voir son véhicule immobilisé, partiellement ou totalement. Les acheteurs ne s'y sont pas trompés. En mars 2026, les ventes de véhicules diesel ont reculé de 31 %. Un repli qui apparaît logique après le durcissement du malus CO2 à 108 g/km au 1er janvier 2026 pour un surcoût maximum de 80 000 euros et un malus au poids désormais déclenché dès 1 500 kg. »Le diesel peut-il encore conserver son avantage économique en 2026 ?« Le lundi 6 avril le prix du diesel était en moyenne à 2,315 euros du litre à la pompe, soit 30 centimes de plus que le sans-plomb 95. Il est clair que la crise en Iran a conforté une réalité qui reste encore difficile à accepter pour les possesseurs de véhicules diesel : celui-ci n'a tout simplement plus l'avantage économique qu'on lui prêtait. En l'espace de 10 ans, entre une maintenance qui grimpe avec la raréfaction des pièces et des spécialistes, et une fiscalité de plus en plus punitive, le coût d'usage a tout bonnement explosé. Le malus écologique et les nouvelles taxes s'y sont ajoutés et ciblent directement cette motorisation, comme l'a montré la loi de finances 2026. L'avantage économique du gazole semble donc définitivement enterré, d'autant que le prix de celui-ci est plus sensible aux crises énergétiques et géopolitiques car il n'est pas raffiné à 100% en France, à la différence des autres carburants. Un prix à la pompe à 3 euros du litre, inconcevable il y a encore 2 mois, devient désormais envisageable dans un avenir très proche. »Photo tankstel-a-paris-32692733 de Budget Bizar sur Pexels
Solal Botbol, cofondateur et PDG de Beev (spécialiste des solutions de mobilité électrique), écrit le 14/04/2026